Ce sont les qualités architecturales et acoustiques de l'église St Roch qui m'ont donné envie d'y faire entendre l'installation sonore Quelqu'un par terre. Plusieurs repérages et essais dans le lieu, m'ont ensuite amené à adapter son dispositif, à déployer (en même temps qu'à radicaliser) son principe.
Dans cette installation, qui se déploie dans plusieurs espaces, des éclats de chaise cachent des éclats de voix. Et le visiteur doit se déplacer d'un espace vers un autre pour écouter ces voix qui ne se font entendre puis comprendre qu'une fois franchi certains seuils. Dans l'oreille de l'auditeur, il se passe ce phénomène : une chaise métallique qui s'abat avec scansion sur le sol fait naître une suite de paroles. Et c'est le déplacement du visiteur qui lui fait découvrir l'un après l'autre les deux termes de ce binôme bruit / langage. Une mobilité qui laisse l'auditeur libre de choisir son point d'écoute : d'un côté, de l'autre ou bien entre.
Lorsque les voix apparaissent au visiteur, un récit se fait jour, des liens se révèlent.
Chaque phrase est associée à un éclat de chaise. Pour accoler ensemble les deux éléments (bruité et parlé), je me suis servi du synchronisme et d'une forte ressemblance formelle. Chaque éclat de chaise est associé à une phrase qui a exactement la même durée, le même déroulé, la même découpe : "ta-ta-ta-ta" =
"quel-qu'un-par-terre", "ta-ta-ta" = "t'in-quiète-pas", "ta-ta-ta-ta-ta" = "tout-est-ou-blié", créant ainsi une succession de séquences à deux faces. Je dois préciser que j'ai enregistré chacun des sons, indépendamment, sans chercher le mimétisme. Le mimétisme est seulement révélé par un choix très précis des fragments et une opération de montage, un couplage qui se dissocie lors de l'installation.
Les différents espaces et le système de diffusion utilisés pour chacun des sons accentuent cette dissociation. Dans le premier espace de l'église, grand, ouvert, à l'acoustique résonante, de part et d'autre de la nef, en diagonale, huit haut-parleurs au sol diffusent les éclats de chaise. Dans le dernier espace, plus étroit, à l'acoustique plus feutrée (la chapelle terminale), un seul haut-parleur sur socle diffuse les voix.
Un dualisme se fait jour qui concerne la relation du visiteur à ce qu'il perçoit : d'un côté (dans la nef), un champ sonore qu'il peut traverser, de l'autre (dans la chapelle), un point localisé duquel il peut s'éloigner ou s'approcher. La forte résonance du premier espace produit un écho, doublon sonore qui prolonge chaque éclat de chaise et qui sonne dans le silence. C'est ce que le visiteur continue d'entendre une fois éloigné du champ. Et lorsque celui-ci s'approche des voix, cet écho, par le jeu du synchronisme devient l'écho des phrases, associé à elles comme une ombre portée.
L'installation met en scène un troisième son, situé dans un troisième espace, intermédiaire : le son du vent. Le vent, enregistré un jour de tempête, qui se faufile à l'intérieur d'un lieu, passe sous les portes et fait chanter l'architecture. A la différence des deux autres, ce son est continu, il n'est pas interrompu par des silences, il fluctue, il s'insinue.
Un des résumés possibles de Quelqu'un par terre : une chaise qui parle, des phrases
qui tombent, le vent qui chante.
(texte de dominique petitgand d'après un entretien avec Vanessa Desclaux, mars / septembre 2009)
Avec le soutien de Art, Culture et FoiDE 19H À 2H
www.gbagency.fr/#/fr/14/Dominique_Petitgand/